Être à l’aise avec son Coach n’est pas si important !

Tous les coachs ou praticiens thérapeutes subissent durant l’année les aléas de la vie de leurs clients et ces désistements qui ont parfois pour motif un inconfort, quel que soit le terme utilisé. Dans le cadre du coaching, c’est beaucoup moins important selon moi, que le discours général calqué sur les principes de la relation d’aide en thérapie, comme on l’enseigne à tous les apprentis coachs dans les écoles de formation, le laisse penser et qui consiste à indiquer que c’est primordial, qui font logiquement émerger ensuite les discours laissant entendre qu’il ne faut pas prendre des accompagnements lorsque l’on ne se « sent » pas en capacité de le faire vis-à-vis de ses propres zones d’ombres, etc. Ce qui sous-tend quand même que le coach connaîtrait ses zones d’ombres qu’il aura explorées en thérapie préalablement, ce qui n’est très généralement pas le cas. Cela peut s’expliquer aussi simplement par la diversité des profils qui s’inscrivent aux formations de coaching sans connaissance préalable en psychologie ou relation d’aide. Il est question de faire conceptualiser à ce public la particularité commerciale qui unit un praticien à son client qui est bien différent de celle que pourrait avoir avec son client un vendeur Fnac.
Il est donc question ici de discuter le principe que j’ai moi-même d’ailleurs mis en avant dès le début dans les textes d’introduction présents sur mon site, sans explication très fouillée, visant à expliquer que c’était important d’avoir un bon « feeling » avec son coach. Je décide pour cet article de m’attacher à n’approfondir que le nécessaire sans être inutilement exhaustif.

Définition du concept d’« avoir un bon feeling » ou bien encore d’« être à l’aise »



Lorsque l’on parle d’être à l’aise avec son coach ou son thérapeute, il s’agit avant tout d’une tournure qui signifie que l’on se sent bien en étant dans la même pièce ou dans sa relation à l’autre. « Avoir un bon feeling » est une notion particulièrement floue, mais également subjective. Cela signifie aussi qu’une alliance (la création de lien entre deux personnes) s’est créée avec l’autre basée à la fois sur des éléments concrets et sur vos perceptions. Je considère que cette alliance est la première phase pouvant permettre de sortir de la confiance accordée a priori pour que cette confiance puisse ensuite se développer. La confiance étant l’enjeu de cette interaction sans quoi l’accompagnement pourrait être compliqué. En effet, vous aurez du mal à réfléchir ou vous ouvrir si vous ne faites pas confiance à l’autre. Et la confiance ne naît pas de fait, elle s’établit à un certain niveau d’emblée et croit ou diminue en fonction de la relation à l’autre, c’est aussi pour cela que l’on dit en langage populaire que la confiance se gagne ou se perd.

On ne peut donc pas définir clairement pour tout un chacun dans un but de normation une valeur étalon et une représentation unique de ce qu’est « avoir un bon feeling ».

Mais alors quels sont les éléments concrets et subjectifs qui nous permettent de déterminer d’une manière émotive et raisonnée que nous nous sentons à l’aise ou pas avec l’autre ?

Sur quoi se base notamment la perception d’être à l’aise avec l’autre ?



Ceci est directement lié à l’image que l’autre renvoie et la perception que l’on s’en fait. Je considère qu’au début de la relation cette alliance ne peut s’établir sans au moins ces deux paramètres, la confiance qui est primordiale et l’évaluation de la personnalité. Bien sûr la perception du sentiment d’être à l’aise avec l’autre s’établit par la prise en compte par le cerveau de biens d’autres éléments conscients et inconscients, de biais cognitifs, d’éléments du contexte et même de l’environnement, mais pour simplifier les choses dans le cadre d’un coaching ou le client participe à sa première séance avec le coach qu’il a choisi, je me concentrerai sur ces deux éléments primordiaux selon moi.

La confiance

Bien sûr, nous nous faisons tous une impression de quelqu’un et celle-ci influence directement l’établissement de la relation. Le coaching étant une relation ou le client doit avoir un minimum confiance envers les compétences du coach pour l’aider, sans avoir confiance dans le professionnalisme ou l’approche du coach, cela paraît compliqué de mener le travail.
Quelqu’un peut avoir un bon feeling parce qu’il considère le coach comme compétent pour tout un ensemble de raison issue de l’évaluation de son profil, de ses textes, la pertinence de ses explications, l’adhésion à ses théories éventuelles ou ce qu’il présente comme étant au centre de ses préoccupations dans l’accompagnement qu’il propose et de la discussion préalable qu’il a pu avoir avec lui, ce qui créera l’union de par le sentiment d’adhésion idéologique généré alors qu’un autre qui n’aura peut-être pas fait ce type d’évaluation sera plus sensible durant la première séance de travail au ton de la voix, aux mimiques du visage, à la nature du discours, à la conduite de l’entretien, au type ou la difficulté ressentie face au questionnement propose, aux exercices définis, au degré de soutien perçu, au degré ou au type d’aide reçue par rapport à ses attentes initiales et beaucoup d’autres paramètres mêlés a ces éléments qui sont liés à la personnalité perçue, comme nous allons le voir.

La personnalité

Notion subjective compte tenu du vécu de chacun et de nos représentations, nous sommes naturellement plus à l’écoute de certains traits ou éléments extérieurs qui vont nous permettre de nous faire une idée de l’autre :

  • Sa présentation
  • Sa tenue
  • Son vocabulaire
  • Sa gestuelle
  • Sa posture
  • La tournure de ses phrases
  • Le ton qu’il emploie
  • Le niveau de nonchalance ou désinvolture
  • Le niveau sonore de sa parole
  • La façon don’t il tente de s’imposer à l’autre
  • L’impression qui naît de sa communication non verbale
  • Etc.

De par la nature de nos expériences, certains auront des difficultés à créer l’alliance avec quelqu’un qui parle fort, quand d’autres seront plutôt déstabilisés par une certaine nonchalance. Pour ma part, je suis sensible au débit de parole et au ton artificiellement calme, je prends cela comme une tentative de séduction qui me met sur la défensive immédiatement. Je suis particulièrement sensible au naturel, je dois percevoir l’autre comme « vrai ».
Tout cela est bien subjectif donc.

Manipulation des représentations du client



Les apparences sont parfois trompeuses pour vous donner l’illusion d’une alliance, de la bienveillance et de l’empathie.

Je me souviens de jeunes coachs qui durant des exercices en formation, pour favoriser l’alliance, comme je l’ai introduit ci-dessus, adoptaient un ton serein, un rythme anormalement lent de parole et des accents mielleux pour paraître apaisant, à l’écoute et empathique. Ces exercices ne faisaient pas partie intégrante de l’enseignement, mais beaucoup de participants s’y adonnaient pour renvoyer une certaine image de compétence et de sensibilité à la pratique du coaching. J’ai toujours trouvé cela particulièrement ridicule et considère également qu’il s’agit d’une technique d’influence. Une technique d’influence dirigée vers le formateur pour lui montrer qu’on est légitime dans le rôle du coach, et plus tard envers son client pour renvoyer une certaine image.
Dans notre monde, quelqu’un de zen, en position de savoir, qui nous parle calmement, séduira certainement beaucoup de gens et créera artificiellement l’impression chez l’autre d’être à l’aise. Il y en a beaucoup d’exemples dans le monde du développement personnel. Si vous avez lu mes articles sur l’influence ou certains ouvrages sur le sujet, souvenez-vous que l’emballage de la parole (le ton, la formulation, la répétition, etc.) a souvent un impact plus important que la parole elle-même, ce qui permet de faire passer un concept idiot, sans fondements et sans aucune argumentation comme vrai et remporter l’adhésion.

Il est possible de vous influencer de biens des manières pour que vous ayez l’impression d’être en « communion » avec l’autre, qu’il vous comprend, qu’il vous calme, et parfois aussi qu’il vous apporte quelque chose de plus que ce que vous étiez venu chercher et sans pour autant que cela signifie que vous êtes, selon vos propres critères, réellement à l’aise avec cette personne.

D’ailleurs vous ne vous êtes jamais demandé sur quoi vous jugiez de cela, ce n’est qu’une perception et un sentiment diffus sur lequel vous ne vous êtes jamais vraiment interrogé et auquel vous faites naturellement confiance. Il est donc particulièrement facile de jouer sur vos perceptions contrairement a quelque chose qui s’appuierait sur des observables tangibles, des faits. On est dans le « il est “comme ci” ou “comme ça”… », vous-même souvenez-vous à quel point vous êtes capable d’être dans un registre similaire, en affichant un self de façade, une personnalité de représentation que vous endossez au gré des gens ou des groupes que vous rencontrez et comment face à des gens que vous n’appréciez pas, vous savez très bien faire illusion.

Chercher avant tout à avoir un bon feeling avec son coach peut être une source de problème.



Selon de nombreuses études en psychologie sociale sur les techniques d’influence (je vous invite à faire des recherches annexes), l’individu a tendance à faire plus confiance à quelqu’un de proche de lui. Ce sentiment de proximité peut être influencé par certaines techniques comme je l’ai abordé très brièvement ci-dessus.
Un petit exemple : le seul fait de toucher un instant le bras de quelqu’un d’autre en lui parlant augmente la confiance de celui-ci envers vous ! En effet, les études montrent qu’ils seront plus enclins à répondre positivement à votre demande, certainement parcequ’il se sentent plus proches de vous et se comportent comme si cela pourrait nuire à la relation de vous dire « non ». Car après tout, il est clair que l’on dit plus facilement non à un parfait inconnu qu’a un voisin, même si on ne le croise pas souvent, quelles qu’en soient les raisons qui ne nous intéressent pas, nous discutons seulement içi du phénomène. Il y en a beaucoup d’autres de ce type que je vous invite à explorer dans la littérature sur le sujet de l’influence.

Sur la durée du coaching, c’est l’effet boule de neige, c’est-à-dire que plus vous vous sentez à l’aise et plus vous vous sentez proche du coach, plus vous lui ferez confiance. Vous serez donc ensuite plus sujet à baisser la garde et a vous faire influencer si le coach n’est pas vigilant au niveau de son accompagnement ou sensibilisé aux problématiques d’influence ou conscient et vigilant vis-à-vis de sa position de toute-puissance, notamment. Il s’agit ici, comme si l’on pouvait cloisonner les deux aspects du développement de la confiance évoqués, même s’il en existe d’autres, de la composante émotive de la confiance et non de la composante basée sur l’évaluation du profil et des idées.

On en revient à l’importance de définir en amont et a priori le niveau de confiance qu’on a vis-à-vis du coach en se basant sur ses écrits, ses idées et l’explication ou les justifications qu’il propose des méthodes qu’il utilise afin de s’assurer de ne pas être entièrement l’esclave de ses émotions qui peuvent êtres manipulées.

 

Conclusion : autonomie et investissement du coach



En coaching, de par la durée et la nature des échanges, je pense qu’il est surtout important de se sentir en confiance, une confiance qui soit basée sur des faits et non uniquement des impressions. Il n’est pas vraiment question d’être à la recherche d’une symbiose ou d’un transfert pour que le processus fonctionne.

Le moteur principal du succès d’un coaching est pour moi avant tout la confiance et la qualité et la personnalisation de l’accompagnement et non l’alliance.
Il est primordial de sentir l’investissement réel du coach, la prise en compte de ce que vous amenez, naturellement, et que le coach n’est pas simplement en train de dérouler son accompagnement comme d’habitude. Si vous ne sentez pas de personnalisation, que ce que vous dites n’amène pas à un approfondissement spécifique et que finalement, si c’était quelqu’un d’autre à votre place, cela se passerait exactement de la même manière, alors il y a un problème.

En coaching, plus encore qu’en psychologie, puisqu’il s’agit d’une profession non réglementée ou votre voisine, boulangère de profession, peut se titulariser coach de vie, sans aucune formation, il est indispensable, je le répète, d’avoir préalablement confiance en son coach en évaluant son profil, sa formation et ses idées.

Il y a aussi l’argument de l’autonomie qui devrait être d’ailleurs le souci de tous les coachs professionnels. Dans le cadre d’un coaching, vous n’êtes pas dans un accompagnement au long cours durant lequel vous vous reposez sur le coach, celui-ci ne devrait pas durer plus de quelques mois et si cela dure, c’est soit que vous êtes accompagné pour une problématique très spécifique nécessitant un accompagnement long, soit que le coach qui vous accompagne est moins intéressé par votre autonomie que par sa rente quotidienne.

Dans le cadre de cette autonomie, la question de l’alliance devrait passer au second plan. En effet, on est toujours plus autonome lorsque l’on ne s’attache pas à l’autre.

Par conséquent, comme le coaching est dans son essence, censé être une action courte et autonomisante, je considère qu’il n’est pas forcément judicieux de fonder ses critères de sélection sur le lien et qu’il vaut mieux se concentrer sur l’objectif et l’analyse des meilleurs moyens pour l’atteindre, bref, de ce qui est concrètement proposé comme méthode par le coach.

Rappelez-vous qu’un coaching doit être avant tout basé sur vos ressources propres. Ce ne devrait pas être le coach qui réfléchit, fait tout le travail et vous donne des solutions à appliquer, cela va également à l’encontre de l’autonomie recherchée.

Vous devez avoir le sentiment d’être celui qui répond à des questions neutres et que les solutions proposées si elles n’émanent pas toujours directement de vous, vous semblent correspondre logiquement à la discussion, aux éléments abordés et à la réflexion.

Je suis convaincu qu’être à l’aise avec son coach au sens où on l’entend généralement en relation d’aide n’a pas l’importance capitale qu’on lui suppose et peux même aller à l’encontre de l’intérêt du client notamment si cette alliance est manipulée et si cela altère le maintien de son autonomie.